À l’écoute du monde

L’imagination est fondamentale pour que la musique reste vivante.

Thierry Pécou

Créé il y a dix ans par le compositeur et pianiste Thierry Pécou, l’Ensemble Variances noue des dialogues riches et fructueux avec des cultures de tradition orale de tous horizons. Ses vœux, imprégnés du vaste « Tout-monde » du poète martiniquais Édouard Glissant : associer musiques traditionnelles et écriture occidentale dans une démarche de création plus que de restitution, et proposer des formes de concert immersives dépassant la seule expérience esthétique.

Être musicien de l’Ensemble Variances n’est pas anodin : il faut avoir une certaine ouverture d’esprit, manifester une vraie adhésion au projet, assumer un goût pour l’inconnu, la rencontre, le risque et l’écoute du monde. Mais le bonheur est à la hauteur de l’engagement : des projets atypiques dont chacun est moteur, des échanges généreux et inédits avec des musiciens de tous horizons et de toute culture, une satisfaction profonde de créateur.

« Nous nous sommes choisis, raconte Thierry Pécou, co-fondateur de l’ensemble en 2010 avec le clarinettiste Carjez Gerretsen, la flûtiste Anne Cartel, le violoncelliste David Louwerse et le saxophoniste Nicolas Prost. Variances rapproche, autour d’un noyau de fidèles de la première heure, des musiciens très différents, à la fois de parcours et de personnalités, qui font beaucoup de choses par ailleurs mais restent très attachés à l’ensemble. Celui-ci leur offre une fenêtre et un espace de liberté différents d’ailleurs. »

 

Faire dialoguer musiques de tradition orale et musique occidentale

Dès l’origine, l’Ensemble Variances naît sous les auspices du poète Édouard Glissant, martiniquais, comme Thierry Pécou. Son nom tout d’abord s’en inspire, puis sa démarche, ouverte sur l’autre à la mesure du monde : la musique est un moyen d’aller à la rencontre d’autres cultures, de créer des ponts entre musique occidentale et musiques du monde, d’ouvrir et d’enrichir sans cesse un dialogue respectueux et fécond, de réfléchir à la continuité des traditions orales dans leur interaction avec la musique écrite.

L’ensemble, fondé en Martinique et désormais ancré en Normandie, définit trois axes pour explorer ces terres assez peu fréquentées, qui inspirent Thierry Pécou depuis toujours en tant que chef, pianiste et compositeur.

« Parfois nous intégrons des musiciens – chinois, turcs, indiens, amérindiens… – et dialoguons sur scène avec eux, explique-t-il ; parfois nous concevons des programmes en nous intéressant à des compositeurs sensibles eux aussi à cette écoute d’autres traditions et tenant compte des réflexes corporels ; parfois enfin nous dialoguons avec un autre ensemble, de manière à faire naître une autre approche de la musique. »

 

Développer un travail de création et d’imagination

Si Thierry Pécou est particulièrement sensible aux cultures amérindiennes – notamment andines et amazoniennes –, ce dont témoignent l’oratorio dansé Nahasdzáán ou le programme La Voix de la beauté –, il aime s’immerger dans des univers très différents. Il s’est penché depuis quelque temps sur la musique hindoustanie et le gamelan balinais.

« Nous ne cherchons pas à nous approprier une culture ni à reproduire une culture disparue ou en voie d’extinction, précise-t-il. La meilleure manière de rendre justice à ces musiques et de permettre à leur souffle intérieur de se perpétuer dans le temps est de développer un travail de création et d’imagination, plus qu’une restitution un peu vaine. C’est en inventant que l’on peut s’en rapprocher le plus. »

Il en découle une approche du concert elle aussi atypique : spacialisé, sollicitant une écoute du corps tout entier et développant une fonction cérémonielle très forte, il tient du rituel autant que l’expérience esthétique. Immergé, traversé, l’auditeur ressent dans sa chair une force symbolique allant bien au-delà des mots, « quelque chose de fondamental proche du mythe ». Une expérience à vivre le 14 octobre prochain, à Anvers, avec le programme BACH®AB.